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Et si les taux américains remontaient à 5 % ?

La société Natixis a étudié une hypothèse de remontée à 5% des taux américains à 10 ans d’ici 2018 alors qu’ils sont actuellement, à 2,3%. Un scénario inattendu qui s’appuie notamment sur une éventuelle reprise de l’inflation. Sébastien Laye, chercheur associé à l’institut Thomas More était l’invité d’Ecorama ce lundi 10 avril pour répondre aux questions de Marie-Laure Hardy sur ce sujet.

Par quels mécanismes est ce que l’on pourrait en arriver là ?

Il faut rappeler de quel taux parle précisément Natixis dans cette étude, il ne s’agit pas des taux directeurs à court terme qui sont déterminés directement par la Banque centrale, mais des taux d’intérêts à 10 ans. C’est à dire du cout de la dette pour l’État américain à un horizon de 10 ans. Aujourd’hui, on est effectivement à 2,3% de taux d’intérêts. Le contexte aujourd’hui, c’est la normalisation monétaire, c’est-à-dire la sortie assez progressive et lente de toute cette politique monétaire accommodante que nous avons eu ces dix dernières années. Donc, ce qui est en train de se produire, le scénario normal qu’envisage Natixis, c’est un resserrement monétaire très progressif, une hausse des taux d’intérêts à court terme décidée par la Banque centrale, mais aussi le début des ventes d’actifs qui ont été accumulés par la Banque centrale sur son bilan. C’est un scénario qui prévoit une croissance entre 2 et 2 ,5 %, une inflation qui est de retour assez modestement et puis une sortie ordonnée de toute cette stagnation séculaire que nos économies développées ont connu après la crise de 2008. C’est le scénario normal, avec un taux d’intérêt à long terme à 10 ans, attendu fin 2018, à 3,5%, et bien évidemment tout le monde parle de cette étude car il y a un deuxième scénario beaucoup plus pessimiste.

Ce second scénario table sur la mise en place d’une politique protectionniste par Donald Trump avec un durcissement de la politique d’immigration, une réduction des impôts des entreprises, une hausse des dépenses publiques. Pourquoi cette politique protectionniste entrainerait une forte hausse des taux d’intérêts américains ?

Ce que prévoit Natixis en cas de politique pro-isolationniste, protectionniste et de mesures contre l’immigration, c’est que la croissance à moyen terme des USA se tiendrait à un niveau plus bas, non pas 2,5% mais plutôt 1.5%. Il prévoit aussi, si vous avez un déficit budgétaire considérable, pour financer ces baisses d’impôts massives mais aussi un plan d’investissement dans les infrastructures de 500 milliards de dollars qu’il y aurait une inflation non pas à 3 % mais à 4,5 %.  Si vous avez une inflation de 4,5 %, une croissance réelle à 1,5%, une croissance nominale a 6%. En général les taux d’intérêts ont tendance à se caler sur ces mesures donc ils seront à 5 ou 6%. L’enjeu est colossal pour les finances publiques américaines. La dette souveraine américaine c’est 19 000 milliards de dollars, c’est à peu près 1/3 de tout le stock de toutes les dettes d’Etat dans le monde. Il y a des simulations qui montrent que si jamais les taux repassent à 5 % et qu’ils y restent, sachant qu’on était à ce niveau-là avant la crise, pendant plus de 15 ans alors la dette américaine passerait de 19 000 milliards de dollars à 70 000 milliards de dollars s’il n’y a pas d’ajustement fiscal. Ça représente une dette colossale de 700 000 mille dollars par habitants américain. Cependant, ça ne va pas se produire, donc on peut espérer qu’il y aurait une limite inhérente à la hausse des taux d’intérêts qui est ce fardeau de la dette nationale

Est-ce que vous y croyez à ce scénario de Natixis ?

Non je penser que le véritable scénario, comme toujours sera entre les deux. Le scénario de Natixis considère que Donald Trump va se lancer dans une guerre commerciale en affaiblissant le dollar ce qui n’est pas la tendance naturelle. Et je pense que si l’inflation s’emballe, il y aura un ajustement de la Banque centrale. Le risque est un conflit d’intérêt entre ce que veut Donald Trump, entre les conséquences de sa politique qui est plutôt inflationniste et entre ce que fait la FED qui est une sortie progressive d’une politique monétaire accommodante.
Est-ce qu’il y a un risque de contagion à la zone euro ?

Si l’on est dans le scénario normal de la normalisation monétaire, la Banque centrale européenne va pouvoir, dès la fin 2018, commencer à ralentir son rythme d’achat d’actif, ce qu’elle fait déjà ce trimestre, et surtout commencer à remonter ses taux d’intérêts. Elle va donc pouvoir commencer à suivre les USA avec 2 ou 3 ans d’écart dans cette normalisation monétaire. Si vous avez au contraire une conjoncture mondiale qui se dégrade du fait de cette guerre commerciale, de cette hausse des taux d’intérêts aux usa. Alors le risque c’est que la BCE se retrouve piégée dans la situation actuelle et soit obligée de faire tourner la planche à billet pendant des années

La BCE peut-elle freiner cette hausse des taux ?

Alors sur le continent américain non, ici bien évidemment si vous avez des tendances sur les marchés obligataires avec des gens qui se délestent de ce papier et des taux d’intérêts qui remontent sur les marchés oui, M. Draghi l’a dit très clairement, il a la possibilité d’intervenir à nouveau et de prolonger cette politique monétaire accommodantes. Il y a d’ailleurs plusieurs futurs chefs d’Etat qui en rêvent

Ce scénario serait très défavorable pour les marchés ?

Ça serait très défavorable pour le marché des actions et de l’immobilier. Au cours des dernières années, ces politiques monétaires accommodantes ont produit un effet que l’on appelle en économie keynésienne « l’euthanasie du rentier ». Sur l’actif sans risque des obligations d’Etat vous n’aviez plus aucun rendement donc tous les institutionnels qui d’habitude achètent des titres de dette Souveraines sont venus acheter de l’immobilier et des actions et donc, si vous leur donnez à nouveau un rendement intéressant sur les obligations d’état, alors ils vont se délester de leurs actions et de leur immobilier. Alors la prévision c’est une correction sur les marchés boursiers, sur les actions mais aussi sur l’immobilier américain notamment l’immobilier commercial.